Lorsqu'un décès donne lieu à une transmission de biens au Portugal, une déclaration à l'administration fiscale portugaise peut être nécessaire. Le portail officiel gov.pt indique un délai précis — avant la fin du troisième mois suivant le mois du décès — et ce délai court indépendamment des démarches parallèles menées en France. Comprendre ce mécanisme est essentiel pour éviter des pénalités et des blocages dans les procédures immobilières ultérieures.
Avertissement : Ce guide explique les règles générales issues de sources officielles. Les délais et conditions peuvent évoluer ; vérifiez les données à jour sur le portail gouvernemental et auprès d'un professionnel compétent en droit franco-portugais.
La règle officielle : avant la fin du troisième mois
Le portail gov.pt précise que la déclaration d'assujettissement au droit de timbre doit être remise à l'Autoridade Tributária avant la fin du troisième mois suivant le mois du décès, lorsque des biens sont transmis.
Cette formulation mérite d'être bien comprise. Si le décès survient le 5 mars, le troisième mois suivant est juin. La déclaration doit donc être remise avant le 30 juin — soit environ 116 jours à compter du décès. Si le décès survient le 28 mars, le délai reste avant la fin du mois de juin. La date précise dans le mois n'allonge pas le délai : seul le mois compte.
Cette règle s'applique lorsqu'il y a transmission de biens au Portugal — immeuble, comptes bancaires, véhicules, valeurs mobilières localisées au Portugal. Si le défunt ne détenait aucun bien au Portugal, la question de la déclaration fiscale portugaise peut ne pas se poser, mais ce point doit être vérifié avec un professionnel.
Ce qui doit être déclaré
La déclaration vise l'ensemble des biens transmis situés au Portugal. Le portail de l'Autoridade Tributária distingue plusieurs catégories :
Biens immobiliers : maison, appartement, terrain. L'assiette retenue est en général la Valor Patrimonial Tributária (VPT), soit la valeur fiscale cadastrale du bien, telle qu'elle figure dans la Caderneta Predial. Si la valeur réelle de marché est supérieure à la VPT, des règles spécifiques peuvent s'appliquer.
Comptes bancaires et dépôts : les soldes des comptes portugais au nom du défunt à la date du décès sont déclarables.
Valeurs mobilières : actions, obligations, parts de fonds localisées au Portugal doivent être identifiées et déclarées.
Véhicules immatriculés au Portugal : ils font partie de l'assiette déclarable.
Autres actifs : droits locatifs, créances, participations dans des sociétés portugaises.
La déclaration vise l'ensemble de ces éléments, même lorsqu'ils sont exonérés de droit de timbre. L'obligation de déclarer est distincte de l'obligation de payer.
Ne pas confondre déclaration et paiement : un point essentiel
C'est l'une des confusions les plus fréquentes. Le droit de timbre portugais (Imposto do Selo) sur les successions bénéficie d'exemptions importantes pour les proches du défunt :
- Conjoint survivant
- Partenaire en união de facto reconnu
- Descendants (enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants)
- Ascendants (parents, grands-parents)
Pour ces quatre catégories, aucun droit de timbre n'est dû sur les biens reçus par succession. Mais cette exemption de paiement ne supprime pas l'obligation de déclarer. Les héritiers exonérés doivent tout de même déposer la déclaration dans le délai de trois mois pour informer l'Autoridade Tributária de la transmission et de la nature de leurs liens avec le défunt.
Pour les autres bénéficiaires — frères et sœurs, neveux, amis, légataires sans lien familial direct — le taux de droit de timbre applicable est de 10 % de la valeur des biens transmis. Ces personnes doivent déclarer et payer dans le délai de trois mois.
Comment procéder à la déclaration
La déclaration est déposée auprès de l'Autoridade Tributária (AT, anciennement Finanças). Elle peut être effectuée :
Via le portail en ligne portaldasfinancas.gov.pt : pour les héritiers ou leurs mandataires disposant d'un accès et d'un NIF (Número de Identificação Fiscal) portugais.
En agence locale de l'AT : dans le bureau des Finanças compétent pour le lieu où se situent les principaux biens.
Par mandataire : un avocat, notaire ou mandataire fiscal (représentante fiscal) disposant d'une procuration peut effectuer la déclaration à la place des héritiers. C'est souvent la solution retenue lorsque les héritiers résident en France et ne peuvent se déplacer.
Obtention du NIF préalable : si les héritiers ne résident pas au Portugal et n'ont pas encore de NIF portugais, l'obtention du NIF peut être une étape préalable nécessaire pour interagir avec l'AT. Ce NIF est accessible aux non-résidents avec les pièces d'identité et, dans certains cas, un représentant fiscal portugais désigné.
Documents à préparer pour la déclaration
Constituez le dossier documentaire le plus tôt possible après le décès. Les documents généralement nécessaires pour la déclaration auprès de l'Autoridade Tributária incluent :
- L'acte de décès portugais (certidão de óbito), obtenu auprès de la Conservatória do Registo Civil
- Les pièces d'identité du défunt et des héritiers
- Le ou les testaments existants, avec traduction certifiée si rédigés en français
- Le titre de propriété du bien immobilier et la Caderneta Predial correspondante
- Les relevés bancaires portugais du défunt à la date du décès
- Les documents relatifs aux autres actifs : relevés de placements, certificats d'immatriculation des véhicules
- Le justificatif de la qualité d'héritier (acte de notoriété, acte d'état civil prouvant le lien de parenté)
Dans les dossiers complexes comportant plusieurs héritiers ou des biens importants, un avocat ou notaire portugais constitue le dossier et s'assure de sa complétude.
Cas pratiques selon la situation
Défunt résident au Portugal, enfants héritiers en France : la déclaration est à déposer au Portugal dans les trois mois suivant le mois du décès. Les enfants sont exonérés de droit de timbre mais doivent déclarer. Un mandataire portugais peut agir à leur place.
Défunt résident en France, avec un appartement au Portugal : même si la succession principale est ouverte en France, le bien immobilier situé au Portugal déclenche une obligation déclarative fiscale auprès de l'AT portugaise dans le même délai de trois mois. La succession française et la déclaration portugaise sont deux procédures parallèles indépendantes.
Défunt sans bien immobilier mais avec un compte bancaire portugais : le compte entre dans l'assiette déclarable. La déclaration est à déposer si le solde est positif et si des héritiers en bénéficient.
Plusieurs héritiers dont l'un n'accepte pas la succession : la renonciation à succession doit être formalisée au Portugal selon les règles portugaises. Un professionnel doit être consulté avant que l'un des héritiers renonce, car la renonciation a des effets sur la répartition et sur la procédure.
Conséquences du non-respect du délai
Le non-respect du délai de trois mois peut entraîner plusieurs types de conséquences :
Pénalités financières : l'AT applique des majorations et des intérêts de retard sur les droits de timbre non payés dans les délais. Pour les héritiers exonérés, des pénalités pour déclaration tardive peuvent néanmoins s'appliquer.
Blocage des démarches immobilières : l'inscription du transfert de propriété au Registo Predial peut être conditionnée à la régularisation de la situation fiscale. Un bien dont la succession n'a pas été déclarée à l'AT peut se trouver bloqué pour toute vente ou inscription d'hypothèque.
Complications bancaires : la clôture des comptes portugais du défunt et le déblocage des fonds peuvent être retardés en l'absence de régularisation fiscale.
Multiplication des interlocuteurs : une régularisation tardive implique souvent une procédure plus lourde, potentiellement devant l'AT et les Finanças locales.
La coordination avec les délais français
Le délai portugais ne remplace pas les obligations susceptibles d'exister en France. La documentation internationale de la DGFiP rappelle que des délais spécifiques s'appliquent en France selon la situation.
En France, la déclaration de succession doit généralement être déposée dans les six mois suivant le décès lorsque le décès survient en France, avec des délais différents pour les décès survenus à l'étranger — à vérifier avec un notaire car les règles exactes dépendent des situations.
La coordination de ces deux délais — trois mois au Portugal, délai distinct en France — est l'une des raisons pour lesquelles un professionnel bilingue est indispensable dans les dossiers franco-portugais. Les deux procédures doivent avancer de façon parallèle et coordonnée dès les premières semaines après le décès.
Erreurs fréquentes à éviter
Attendre d'avoir terminé la procédure française pour commencer la procédure portugaise. Les deux délais courent indépendamment. Commencez les deux dès les premières semaines.
Supposer que l'exemption de droit de timbre dispense de toute démarche. L'exemption concerne le paiement, pas la déclaration. Même les enfants héritiers d'un parent décédé au Portugal doivent déclarer dans les trois mois.
Confondre la déclaration d'état civil (mort) avec la déclaration fiscale. La déclaration du décès à l'état civil portugais est une formalité distincte de la déclaration fiscale auprès de l'Autoridade Tributária. Les deux sont obligatoires mais auprès d'interlocuteurs différents.
Oublier de vérifier si un bien immobilier non connu des héritiers pourrait exister. Des biens acquis anciennement par le défunt, mal mémorisés par les héritiers, peuvent être identifiés en consultant le Registo Predial ou la Caderneta Predial numérique.
Résumé des points essentiels
| Point clé | À retenir |
|---|---|
| Délai | Avant la fin du 3e mois suivant le mois du décès |
| Déclaration obligatoire même si exonéré | Oui |
| Qui dépose | Héritiers ou mandataire portugais |
| Où | Portal das Finanças ou agence locale AT |
| Documents de base | Acte de décès, pièces d'identité, titres de propriété, relevés bancaires |
| En cas de retard | Pénalités + blocage des démarches immobilières possibles |
Pour le parcours complet, voir décès au Portugal : démarches et droits de succession au Portugal.
Voir aussi : succession France-Portugal — guide complet, héritiers résidant en France, héritage d'une maison au Portugal.
